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Jean-Noël Jeanneney

L'origine du « Monde »

Feuilleton, L'Histoire n°360 janvier 2011

1944, 18 décembre Le Temps jugé complaisant envers Vichy n’est plus. Mais il manque un quotidien qui joue le rôle qu’il tenait, avant guerre, en politique étrangère.

L’efflorescence des journaux issus de la Résistance, à partir d’août 1944, n’avait pas suffi à remplir tout l’espace. Deux cents quotidiens sur le territoire national, oui, et cependant beaucoup de bons esprits, parmi les nouvelles élites, regrettaient l’absence d’un journal qui pût jouer, en politique étrangère, le rôle du Temps avant la guerre : l’expression officieuse de la diplomatie française. Le général de Gaulle, chef du gouvernement provisoire, se montra vivement désireux de combler ce manque. Une solution aurait été - que les anciens maîtres du journal défendaient, bien sûr, ardemment - de leur en rendre les clés. Mais il n’en fut pas question. Dans l’ambiance de la Libération, Le Temps, qui avait été racheté au début des années 1930 par un groupe d’industriels proches du Comité des forges et du Comité des houillères, paraissait voué, si on le laissait à lui-même, à redevenir l’organe des « trusts » en politique intérieure. On lui reprochait, d’autre part, sa complaisance envers le régime de Vichy : il avait dépendu étroitement des subventions du Maréchal et accepté une censure étroite. C’était aussi le cas du Figaro , autorisé pour sa...

 
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