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Association - Edito

Edito de l'association

La dernière phrase de Léon Blum, à la fin de son ultime éditorial, phrase qu'on a gravée sur le socle de son monument de Narbonne, fut celle-ci: " Je l'espère et je le crois; je le crois parce que je l'espère". A quoi s'opposait Bossuet, à l'avance, quand il écrivait trois siècles auparavant: "Le plus grand dérèglement de l'esprit est de croire les choses parce qu'on veut qu'elles soient".

Eh bien! il nous faut nous placer à mi-chemin de cet optimisme excessif et de ce réalisme froid. Nous voulons l'Europe, ardemment, une Europe qui soit capable de fonder sur ses générosités et ses solidarités intérieures une autorité internationale fidèle à l'héritage historique des Lumières et pesant sur l'avenir de la planète. Nous croyons que la foi dans son succès peut être un facteur qui le serve. Mais dans le même temps nous nous méfions des homélies bénisseuses.Le vote négatif de la France et des Pays-Bas contre le projet de traité constitutionnel, en 2005, a donné un brutal coup d'arrêt à l'élan collectif. Il n'est pas question pour autant d'en gémir longtemps. Il faut tourner la page et trouver d'autres chemins, que l'Histoire, comme toujours, peut aider à dessiner. Le processus engagé en 1989 avec la chute du mur de Berlin est arrivé à son terme. La Roumanie et la Bulgarie entrent dans l’Union européenne l’année où l’on fête le cinquantenaire du traité de Rome. Cette date symbolique qui ne relève pas du hasard.

Certes, l’élargissement de ce 1er janvier n’a pas les mêmes proportions que celui de 2004, qui avait vu d’un coup dix pays entrer dans l’Union._En France, cette arrivée de la Roumanie et de la Bulgarie, à défaut de se faire dans l’enthousiasme, s’accompagne plutôt d’une relative indifférence de l’opinion publique._Passer de vingt-cinq pays membres à vingt-sept ne révolutionnera pas le système. Il le compliquera un peu plus, voilà tout. Rendant d’autant plus manifeste le besoin de réformer les institutions européennes. L’intégration de ces deux pays pauvres, qui ont consenti beaucoup d’efforts pour nous rejoindre n’en a pas moins une portée symbolique forte._Une Europe politique unie court désormais des rives de l’Atlantique à celles de la Mer Noire._La Guerre froide est bel et bien terminée.

Nous avons voulu et salué l'arrivée de ces nouveaux partenaires dans l'Union. Nous savons l'apport précieux qui est le leur, nous accueillons leur venue comme un bienfait. Mais le nombre accru accroît les périls autant que les atouts. Le bénéfice, tant pour les anciens que pour les nouveaux, ne peut être le fruit automatique de la seule espérance. Car c'est de politique qu'il s'agit, donc de volonté._Les défis sont immenses: ceux de l'inégalité des prospérités, ceux de la nature bafouée, ceux des pressions migratoires du dehors, ceux du chômage et de la précarité, ceux des services publics bousculés, ceux du crime organisé, ceux de la culture menacée d'arasement par la domination venue d'Amérique._De quoi avons-nous besoin ? D'un pouvoir fondé sur des textes simples et lisibles par tous. La ligne générale est claire: un pouvoir exécutif ressourcé constamment dans le peuple, mais protégé contre l'instabilité et contre la tiédeur de compromis laborieusement élaborés entre vingt-sept gouvernements. Gardons-nous d'un équilibre à la manière helvétique. Nos états et nos nations (ils se confondent souvent) ne sont pas des cantons suisses. N'ayons peur ni d'autorité durable, ni du dialogue fécond d'une majorité et d'une opposition, ni de leaders qui parlent haut et net, quitte à heurter d'abord.

Alors l'Europe pourra compenser, au nom de l'intérêt général, les dévergondages du marché –qui est tout à la fois créateur de richesses et riche en effets pervers. Alors elle pourra conduire une diplomatie ferme et s'assurer une influence qui soient enfin à la mesure de son poids dans le monde et de sa mission historique. Le profit ne sera pas seulement le sien : il servira la planète entière, affrontée, en ce début d'un siècle nouveau, à tant de périls redoutables.

 
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